Tirer sombre

On m'a souvent dit que mes tirages étaient trop sombres. C'est exact, et c'est volontaire.
Une image éclairée partout ne hiérarchise rien : l'œil se promène, prend ce qu'il veut, ne s'arrête nulle part. Dès qu'une partie de l'image part au noir, il n'a plus le choix. Il va là où il y a de la lumière, parce qu'il n'y a plus que ça.
Ce que le noir fait au sujet
Le noir n'est pas un fond, c'est une décision. Il dit : ceci n'a pas besoin d'être vu. Dans Ombres portées, la moitié de certaines images est vide ; ce qui reste n'existe que par contraste avec ce vide.
Une image qui montre tout ne montre rien en particulier.
Trois règles, à chaque tirage
- Poser d'abord le point le plus clair, jamais le plus sombre.
- Laisser les ombres se fermer complètement plutôt que de les déboucher.
- Vérifier sur un écran mal calibré : si l'image tient encore, elle tiendra partout.
Le dernier point compte plus qu'on ne croit. Une photographie regardée sur un téléphone, dans le métro, en plein jour, n'a rien à voir avec celle du laboratoire. Un contraste franc survit à ces conditions ; une nuance subtile, non.